São Paulo : Entre la tête et la terre

Bien que je n’aie passé qu’une semaine à São Paulo, cette ville m’a profondément marquée. J’ai été transportée par son énergie multiculturelle et therapeutique, ses habitants qui sourient avec leurs yeux et surtout leur âme, ses gratte-ciels art-deco ou néoclassiques, son paysage multiculturel qui témoigne d’influences du monde entier.

La Pinacothèque, le plus ancien musée d’art de São Paulo, résume parfaitement ce condensé d’énergie, de culture et de chaleur. Une partie de ma collection d’art africain y est actuellement exposée. C’est la première fois que des tissages africains y sont montrés, permettant à des milliers de visiteurs d’interagir avec ces œuvres chargées d’histoire et d’émotion.

Toutes ces créations, réalisées par des artisans de génie sont des entités donnant corps à une âme ancestrale. Voir ces étoffes, longtemps conservées, déployées dans toute leur splendeur, a été un moment inoubliable et les partager avec le public Brésilien, un vrai privilège. Je ne comprends pas le portugais, mais les visiteurs et moi nous sommes parfaitement compris. Les personnes qui sont venues m’ont serrée dans leurs bras et m’ont remerciée. Beaucoup d’entre eux ont vibré intensément à la vue des objets exposés. Quelques-uns émus aux larmes, moi aussi.

Dans cet échange sincère avec les visiteurs, nous avons partagé un amour commun pour l’art et l’Afrique. Les tissus, avec leurs motifs géométriques et leurs couleurs ardentes, ont évoqué des souvenirs enfouis, le tout sous le regard avisé des masques d’éléphants, tel un conseil des sages. Une salle entière était consacrée à ces sculptures textiles exceptionnelles, essence de l’âme bamiléké, l’ethnie à laquelle j’appartiens.

Un bref historique de ma collection

J’ai commencé à collectionner des étoffes presque par hasard, à une époque où l’art textile africain était peu reconnu. Ma quête a commencé au Cameroun, avant de s’étendre à d’autres régions d’Afrique, ainsi qu’à l’Inde, le Bhoutan, le Tibet et le Japon. Au fil du temps, ma collection s’est enrichie d’œuvres uniques, chacune témoignant de la richesse et de la diversité des civilisations qui les ont engendrées.

Avec l'aimable autorisation de la galerie d'art de Sao Paolo et du photographe Beto Assem

Parmi les pièces présentées ici, on retrouve la Melehfa, le voile mauritanien symbole de l’identité féminine; le Bogolan du Mali qui parle de l’origine du monde; le Ndop camerounais aux symboles mystiques, réservé aux monarques; les Ntchak et velours Kasai aux géométries irrépétables du Congo; le Kente du Ghana aux motifs sacrés aux couleurs envoûtantes, et bien d’autres encore . Ces tissus sacrés, objets et couronnes perlées Yoruba, révèlent une tradition artistique méconnue que j’ai voulu préserver.

Avec l'aimable autorisation de la galerie d'art de Sao Paolo et du photographe Beto Assem

Mon objectif, au-delà de l’esthétique, a été de perpétuer le savoir-faire ancestral des tisserands. J’ai travaillé avec les artisans encore en activité pour relancer la production et ainsi redonner vie à ce patrimoine. Après avoir longtemps été conservée à l’abri des regards, ma collection prend désormais la route et continuera d’être exposée dans d’autres musées du Brésil et d’ailleurs.

Avec l'aimable autorisation de la galerie d'art de Sao Paolo et du photographe Beto Assem
Avec l'aimable autorisation de la galerie d'art de Sao Paolo et du photographe Beto Assem

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